Photos et texte par: Catherine Bernier

Depuis le tout début du confinement, je passe une bonne partie de mes journées à l’intérieur. Je travaille comme salarié la semaine et comme travailleur autonome la fin de semaine. Résultat : je suis devant un écran presque la majeure partie de mon temps et ma santé mentale en prend un coup. J’ai grand besoin d’un sevrage virtuel et surtout de me rafraîchir les idées au grand air!

L’ironie, et je vais peut-être faire des envieux ici, c’est que mon copain et moi sommes confinés à notre cabine semi-autosuffisante en Nouvelle-Écosse. Le plein air il est là, si près. Chaque matin, à l’heure du café, un lapin se gave de trèfles dans notre cour arrière. Les aigles, les cormorans et les martins-pêcheurs se disputent le poisson sous nos yeux. On s’endort au son des vagues et se réveille aux cris des goélands. C’est un privilège et j’en suis très reconnaissante. Toutefois, je me permets, à mon tour, d’envier ceux qui bénéficient d’un temps d’arrêt durant cette période d’incertitude. Avec ce temps, précieux, j’entretiendrais ma relation avec la nature et j’honorerais notre proximité.

À mon avis, il est là le chagrin de l’humanité : nous avons oublié que nous étions inséparables, nos yeux rivés sur nos écrans, sur la relance économique ou sur nos dix mille projets à venir.

À l’aube du déconfinement, je crois que nous devons saisir l’opportunité, celle de renouer avec la nature, dans l’ici et maintenant. Pour ce faire, prenons conscience de l’interconnectivité des éléments, ravivons nos instincts engourdis, entretenons nos liens avec la nature et prenons soin d’elle, comme une partie de nous.

Prendre conscience : la nature, c’est nous aussi

Nous faisons intégralement partie de ce que nous appelons distinctement la nature. C’est suite à la lecture de : L’Équilibre sacré, de David Suzuki que j’ai compris — biologiquement et écologiquement — à quel point nous sommes les éléments qui composent la vie sur terre : eau, air, minéraux et lumière, au même titre que les autres êtres vivants. Il y a là, quelque chose de rassurant, car le simple fait d’exister dans cet amalgame complexe donne un sens à nos vies. Par le fait même, la nature est partout et en nous. Il suffit de se le rappeler, tous ensemble, collectivement et ça irait mieux.

Raviver l’instinct

Cette semaine, j’ai recommencé à méditer, dehors et autrement. Le simple fait de porter mon attention sur l’air qui se transforme dans mes poumons et de marcher en pleine conscience, alerte aux odeurs, aux oiseaux qui tracent le ciel, au vent qui caresse ma peau et au soleil qui me réchauffe, éveille mon instinct. Les plages provinciales ont rouvert en Nouvelle-Écosse, au grand bonheur des communautés d’ici. Je renoue avec l’océan, encore froid, presque saisissant. Tranquillement, je me retrouve, là, à exister avec mes sens et non par un statut professionnel ou un feed Instagram, et ça fait du bien. Les soirs de semaine, mon copain et moi avons repris l’habitude de cuisiner sur le feu. On sent la boucane en permanence, mais on se sent franchement vivant!

Entretenir nos liens avec la nature une pousse à la fois

Je ne suis pas la seule à me lancer dans le jardinage, les semis frêles des jardiniers novices inondent mon fil des publications sur Instagram et c’est tant mieux. Il y a quelque chose de sain dans l’action de faire pousser des végétaux, ne serait-ce qu’un peu de luzerne dans un pot Masson! La cueillette est tout autant salutaire. Plus le contact est direct avec ce que l’on mange, mieux on se porte, individuellement, mais aussi collectivement. Je me réjouis devant l’offre et la demande grandissantes pour les paniers bio en provenance de fermes locales. Le confinement nous aura permis de revaloriser le travail de nos producteurs locaux et la qualité de leurs produits. La simple action de laver nos aliments, pour des raisons sanitaires, nous incite à leur accorder une attention supplémentaire. La prochaine fois que vous laverez vos fruits et légumes, prenez le temps d’observer leurs formes, leurs textures et leurs odeurs. Ce sont là, des occasions pour apprécier leur juste valeur. À la cabine, nous n’avons pas encore de lavabo dans la cuisine (en rénovation), je lave donc mes légumes dans la douche. Traitement VIP pour le kale d’ici!

Earth care = self care

En ville, comme à la campagne, il y a toujours moyen de prendre soin de la nature au quotidien et du même coup, de nous. Depuis un moment, mes marches les plus salutaires sont celles où je retire des déchets sur la plage. Le “plogging” ne réglera pas tous les problèmes environnementaux, j’en conviens. Du moins, j’ai l’impression que de faire le ménage dans mon milieu de vie immédiat me permet de le faire aussi dans ma tête. En portant mon attention sur un seul objet à la fois, j’évite de tomber dans mes pensées souvent redondantes (boulot, préoccupations, To do). Je me sens à nouveau utile, là au bon moment pour restaurer une partie de mon habitat, y compris moi!

Enfin, peu importe l’endroit où nous habitons, entraînons-nous dès maintenant à vivre le moment présent pleinement à travers nos sens, et quand les parcs nationaux et leurs espaces verts rouvriront bientôt, honorons ce privilège d’avoir accès à autant de beauté.

Renouons avec l’inséparable, et ce, de manière durable.